"J'aurai pu être avec un certain garçon, mais je ne l'ai pas fait. C'était un nuisible pour moi. Le mauvais type, le rebelle. Je le savais, je ne l'ai pas suivi. Mais je suis amoureuse du garçon avec lequel je suis aujourd'hui".
Cette phrase prononcée lors d'un déjeuner par Mélanie, jeune collègue de travail, à l'attention des autres filles de mon équipe, m'a fait réfléchir sur le moment. J'aurai pu la prononcer en d'autres temps... Largement.
Je me souviens de mes folles pensées lorsque j'avais 18-20 ans. Je fermais les yeux et le garçon que j'imaginais était le modèle type du rebelle, le gars qui refuse toute obéissance à toute forme d'autorité, qui ne suit que ses propres règles et qui physiquement, bien sur, est ultra-viril, porte le cuir avec aisance. Musclé comme il le faut, il s'agissait pour moi, je le réalise bien plus tard, d'un garçon fort et sur de lui, une présence qui aurait su m'emporter, me guider et me faire découvrir le monde. Pour moi, ce genre de garçon m'apparaissait nuisible car il était à l'opposé de ce que j'étais. Je suivais les régles édictées par mes parents comme une brebis suit son berger vers l'abattoir.Pas question d'élever la voix, de hausser le ton, de dévier du chemin.
Je n'ai rencontré qu'une seule fois un garçon comme ça. C'était un rebelle dans le sens où il vivait comme il le voulait, facilement et réussissait tout ce qu'il entreprenait. J'avais un peu craqué sur lui. Mais à 18 ans, la peur me guidait et m'empêchait de franchir certaines limites. Ma vie aurait-elle changé si je l'avais suivi sur ce chemin là? Je pense que oui : je n'aurai pas été militaire, je n'aurai pas enduré tout ce que j'ai enduré. Je n'aurai pas tout ce que j'ai aujourd'hui non plus et je me serai sans doute coupé de ma famille.
Or, j'ai un instinct de survie assez épatant. Je connais mes limites, c'est ma force. Je sais jusqu'où je peux aller. Le suivre et me perdre était quelque chose qui allait bien au-delà de ce que je pouvais envisager. J'ai eu raison. L'alcool et la drogue l'on un peu abîmé et il n'est pas, actuellement, là où il pensait être quand nous étions plus jeune. Il s'en sort très bien (il est gendarme, je crois maintenant) mais où est passé le rebelle que j'admirais tant ?
Petit à petit, j'ai appris à forger mon caractère. Trempé d'indépendance, de froideur et de fermeté, j'ai réalisé qu'il était plus facile de suivre son propre chemin, de vivre comme on l'entendait, en étant seul, en disant "oui" et en pensant "je ferai comme je voudrais de toute façon" et en n'acceptant le compromis uniquement lorsqu'il y a un retour pour soi. Cela peut paraître très cynique, mais la tenue de la carapace n'est possible qu'à ce prix là en ce qui me concerne.
Le rebelle viril et musclé tant fantasmé s'est transformé. En vieillissant, j'ai pris sa place, j'ai appris à dire non et à faire comme je le voudrai. L'amour est venu, cependant, au fil des ans, atténuer ma rigidité. Dieu merci!
Le rebelle n'est pas toujours celui que l'on croit. Il y a aussi celui qui est tapi dans l'ombre, qui se cache et agit en secret...
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