"Sur le caveau au creux duquel sera déposé l'essentiel de tes cendres, il n'y aura jamais de plaque mentionnant notre attachement, consignant notre amour. Je ne suis ni frère ni mari, je ne suis rien qui se nomme ou s'inscrive dans la pierre. Je ne suis que l'autre bout d'un lien de coeur aujourd'hui invisible à la face du monde. Toi dessous et dedans, moi dessus et dehors."
D.Lelait - Poussière d'homme
L'absence, la disparition de l'autre sont souvent des sujets qui viennent hanter de manière corrosive mon esprit. Non pas que je vive dans la crainte perpétuelle de la perte, mais l'idée du vide à la place de la présence de l'autre me laisse, à chaque fois, étrangement glacé. Quelle sensation cela doit être de se retourner dans un lit devenu vide , de ne pas sentir, quand on étire sa jambe, un obstacle familier qui n'appartient qu'au passé. Comment vit-on dans les pièces où l'on était deux avant? Quand chaque objet, au passage, raconte une anecdote et révèle un morceau de l'autre?
Il faut être bien fou pour ne jamais avoir ce genre de pensées, non? Il faut sans doute l'être encore plus pour imaginer ces sensations. La perte, que l'on ait aimé un homme ou une femme, est la même. C'est une situation objective qui arrive à tout le monde. La façon dont on y réagit pourtant est considérablement différente.
Je crois que je me raccrocherai énormément à l'aspect matériel des choses. Le concret, le dur, comme pour retenir au mieux les souvenirs. Les murs verraient mes mains se promener plus que de raison. Comme Ennis, le cow-boy amoureux du mont Brokeback, j'inspirerai l'air des vêtements, j'y passerai doucement la main. Et puis il y aurait ce flacon de parfum. Fidèle au poste, il serait humé quotidiennement sans être jamais vidé. Car l'odeur déclenche la mémoire comme le vent la tempête. Il y a tout d'abord une légère houle de souvenirs que l'on voit arriver de loin. Puis, le rivage s'assombrit et les images se font plus nettes. Le chaos se déchaine lorsque tous les souvenirs défilent comme un film. Déclencheur instanné : le parfum.
Les mots laissés sont aussi de beaux témoignages. L'écriture de l'autre revivrait soudainement et serait récitée aux tonalités exactes de sa voix. Une simple liste de courses, une indication technique suffiraient à rappeler la présense. Tout serait alors bon à prendre.
Il faut être fou furieux pour aimer en sachant qu'au bout il y a le vide. Je ne me complais pas dans ce froid constat, mais vraiment, qu'est-ce qui nous pousse à traverser cela? J'ai l'impression de ne pas avoir les bons outils pour faire face. En plus, le fait d'aimer un autre homme n'arrange rien à la situation. Derrière une barrière, surgit une autre barrière...
"L'absence n'est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences?", disait Proust.
Il avait tout compris. Il avait bien raison.
ton billet est très touchant et me renvoie aux craintes que je nourris face à cette situation... j'ignore comment je réagirais... une certitude : je serai dévasté...
ca me rappelle un film (qui vaut ce qu'il vaut) : "PS : I love you"... il m'a tout autant touché...
je me dis que chaque chose en son temps (je verrai comment je prendrai les choses) et qu'il faut profiter au maximum du moment présent avec l'autre...
Rédigé par : zaza tata | lundi 16 jan 2012 à 19h46