Il y a 10 ans, quasiment jour pour jour, sortait ce magnifique film d'Almodovar Parle avec elle...
Les hasards, les boucles tumultueuses du temps m'a fait regardé ce film hier soir. Je ne l'avais pas revu depuis des années et c'est alors que j'ai réalisé que cela faisait pile 10 ans que je l'avais découvert. Etrange sensation... Je suis revenu en 2002.
Autour de ce 10 avril 2002, se mélangeaient des tas de choses importantes : l'éléction présidentielle qui voyait Le Pen arrivé au second tour, ma rencontre avec un ami-amant de l'époque et la sortie de ce film. Sur un étrange coup du sort, ces trois éléments sont venus se mélanger avec grâce et m'ont donné de vivre une sorte de parenthèse enchantée dont la saveur subsiste encore dans ma mémoire.
J'étais célibataire à l'époque. J'étais plus jeune aussi. Libre, assez insousciant, timide toujours. Je discutais sur internet depuis plusieurs jours avec un garçon, brun, mignon, type espagnol. Et puis au bout d'un moment, je me suis laissé tenté. Je l'ai rencontré et nous avons fini par passer quelques nuits ensembles. Chaudes, torrides, ce taureau jouait avec moi en y mettant de la force, de la sensualité et de l'humour. C'est un cocktail détonnant pour moi et ça marche à tous les coups!
La France était encore sous le choc de l'arrivée du FN au second tour. Personne ne l'avait vu venir et tout le monde se demandait comment cela avait pu être possible. Perplexité, colère, stupeur, on sentait dans l'air à Paris quelque chose de printanier et de frondeur à la fois. Le feu, qui couvait, pouvait embraser tout. C'est ce que je ressentais dumoins.
Et un soir, entre les deux tours de l'élection, nous sommes allés ensemble voir le film Parle avec elle. J'y allais pour la seconde fois. Grand fan d'Almodovar devant l'éternel, je pourrai passer mes journées à voir ses films et à en écouter les musiques.
Ce film est subtil, drôle et touchant. Il parle de renaissance, d'amour, de mort et de vie. Il y a des scènes qui confinent au génie artistique et qui sont d'une pureté à vous crever le coeur... Je sens encore, pendant la projection, le contact de son bras contre le mien, ses doigts qui frolaient ma peau, c'était aussi sensuel que ce qui défilait sur l'écran.
Et juste après le film, nous sommes allés chez lui, rue des Pyrennés. Nous y avons fait l'amour, plusieurs fois. La fatigue à la fin m'avait fait sombré dans un sommeil lourd. Dans un matin bien avancé, nous nous sommes réveillé simplement. Nous trainions dans son appartement, nus, les corps délassés, dénoués de toute tension. Et sans que je le sache, il a mis la musique du film, qu'il avait achetée. L'air est devenu cristalin et le soleil qui entrait par les fenêtres donnait à son appartement l'aspect d'un nid protecteur où rien ne pouvait nous atteindre.
Nous nous sommes amusés à imiter la chorégraphie de Pina Bausch sur Café Müller, que l'on découvre à plusieurs moments du film. Notamment cette fabuleuse scène où les couples avancent en fil, sur une sorte de tango très très lent et langoureux. Lui derrière moi, nu... Tout d'un coup, le silence nous est venu. Il y avait un trouble subtil qui s'effilochaient, bobine fragile d'un lien éphémère. A ce moment là, nous le savions.
Et tout d'un coup, une clameur est venue de la rue... Le bruit de pas nombreux cognant le bitume, des slogans criés dans des porte-voix. Nous nous sommes approchés de la fenêtre et avons alors pu observer un défilé de manifestants se rendant sans doute vers la place de la République, pour montrer que le FN ne passerait pas au second tout de l'élection.
Nous regardions les banderoles, les tracts voler dans l'air, les gens marcher, assez nombreux. La musique du film jouait toujours, forte et apportant une émotion intense à cet instant. Nous deux, toujours nus, témoins involontaires d'un petit moment d'histoire, enfermés dans notre bulle.
Une fois ces jours passés, ce garçon avec lequel je n'ai jamais eu de relation mais que j'ai recroisé plusieurs fois, est devenu une ombre de ce mois d'avril 2002. Un moment de bonheur suspendu, comme un passage de la vie qui m'a fait grandir. Je vivais sans le savoir vraiment, l'une des periodes les plus légères de ma vie. J'étais libre et heureux et j'avais encore tant à découvrir.
Je défie quiconque de ne pas frémir en entendant cela et en faisant bien attention aux paroles de cette chanson, tirée du film... Vole!
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