"La nature du genre épistolaire m'apparut : c'était un écrit voué à l'autre. Les romans, les poèmes, etc. étaient des écrits dans lesquels l'autre pouvait entrer. La lettre, elle, n'existait pas sans l'autre et avait pour sens et pour mission l'épiphanie du destinataire.
De même qu'il ne suffit pas d'écrire un livre pour être écrivain, il ne suffit pas d'écrire du courrier pour être épistolier"
Ainsi parle Amélie Nothomb dans son dernier roman "Une forme de vie".
Et je ne pourrai être plus d'accord avec son propos.
Ecrire à toujours été important pour moi car cela constituait un autre moyen accessible de toucher, de communiquer avec les autres. Quand on est un peu autiste, très timide, que l'on se dissimule derrière les jambes de sa mère, derrière des blagues à deux francs six sous plus tard, écrire est plus qu'une thérapie, cela devient une seconde respiration.
Or, bien avant qu'internet n''existe, j'avais pour habitude, remplie avec ferveur et dévotion, d'écrire des lettres à mes amis. Je dépensais en timbres des fortunes et mes parents n'y voyaient qu'une passade. Elle a durée des années et subsiste encore sous d'autres formes (ah les sms...).
J'aimais le toucher de la plume sur le papier. Remplir quelques feuilles pour se raconter à l'autre, lui répondre en commentant son existence était un plaisir immense. Il a disparu avec les échanges électroniques. Je le déplore un peu car y-a-t'il véritablement une joie supérieure à celle d'ouvrir sa boite aux lettres et d'y découvrir du courrier d'amis? Pour moi, il n'y en a pas.
Dans une lettre, les mots fusent, s'échangent, agissent entre eux et surtout provoquent une réaction. Le destinataire peut alors être ému, en colère, attristé, surpris. La gamme est sans fin. J'aime les romans épistolaires tels que "Les liaisons dangereuses" où l'échange de lettre joue un rôle très important dans le déroulement de l'histoire.
Je regrette de n'avoir plus de lettre réelle à envoyer. A qui? Qui voudrait recevoir, entretenir, échanger une telle correspondance en 2011? Même les courriers électroniques sont passés de mode à cause des Facebook et autres supports laissant peu de place à la profondeur et à l'expression véritable.
Cela peut tellement me manquer, que je serai capable de m'envoyer des lettres pour le plaisir de faire glisser la plume sur le papier et d'ouvrir l'enveloppe. J'exagère, mais échanger par l'écrit me manque terriblement.
Je suis un paon faisant la roue! Regardez mes plumes en couleur d'encre, elles brillent de mots dans le soleil!
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